Texts and Translations for May 23 Recital

 

Poulenc: Fiançailles pour rire (text: Louise de Vilmorin)

 

1. La Dame d’André

André ne connaît pas la dame
Qu’il prend aujourd’hui par la main.
A-t-elle un coeur à lendemain
Et pour le soir a-t-elle une âme?
Au retour d’un bal campagnard
S’en allait-elle en robe vague
Chercher dans les meules la bague
Des fiançailles du hasard?
A-t-elle eu peur, la nuit venue,
Guettée par les ombres d’hier,
Dans son jardin lorsque l’hiver
Entrait par la grande avenue?
Il l’a aimée pour sa couleur
Pour sa bonne humeur de Dimanche.
Pâlira-t-elle aux feuilles blanches
De son album des temps meilleurs?

Andre does not know the woman
whom he took by the hand today.
Has she a heart for the tomorrows,
and for the evening has she a soul?
On returning from a country ball
did she go in her flowing dress
to seek in the hay stacks
the ring for the random betrothal?
Was she afraid, when night fell,
haunted by the ghosts of the past,
in her garden, when winter
entered by the wide avenue?
He loved her for her colour,
for her Sunday good humour.
Will she fade on the white leaves
of his album of better days?

2. Dans l’herbe

Je ne peut plus rien dire
Ni rien faire pour lui.
Il est mort de sa belle
Il est mort de sa mort belle
Dehors
Sous l’arbre de la Loi
En plein silence
En plein paysage
Dans l’herbe.
Il est mort inaperçu
En criant son passage
En appellant, en m’appelant.
Mais comme j’étais loin de lui
Et que sa voix ne portait plus
Il est mort seul dans les bois
Sous son arbre d’enfance.
Et je ne peux plus rien dire
Ni rien faire pour lui.

I can say nothing more
nor do anything for him.
He died for his beautiful one
he died a beautiful death
outside under the tree of the Law
in deep silence in open countryside
in the grass.
He died unnoticed
crying out in his passing
calling calling me.
But as I was far from him
and because his voice no longer carried
he died alone in the woods
beneath the tree of his childhood.
And I can say nothing more
nor do anything for him.

3. Il vole

En allant se coucher le soleil
Se reflète au vernis de ma table:
C’est le fromage rond de la fable
Au bec de mes ciseaux de vermeil.
– Mais où est le corbeau? – Il vole.
Je voudrais coudre mais un aimant
Attire à lui toutes mes aiguilles.
Sur la place les joueurs de quilles
De belle en belle passent le temps.
– Mais où est mon amant? – Il vole.
C’est un voleur que j’ai pour amant,
Le corbeau vole et mon amant vole,
Voleur de cœur manque à sa parole
Et voleur de fromage est absent.
– Mais où est le bonheur? – Il vole.
Je pleure sous le saule pleureur
Je mêle mes larmes à ses feuilles
Je pleure car je veux qu’on me veuille
Et je ne plais pas à mon voleur.
– Mais où donc est l’amour? – Il vole.
Trouvez la rime à ma déraison
Et par les routes du paysage
Ramenez-moi mon amant volage
Qui prend les cœurs et perd ma raison.
Je veux que mon voleur me vole.

As the sun is setting
it is reflected in the polished surface of my table
it is the round cheese of the fable
in the beak of my silver scissors.
But where is the crow?
It flies.
I should like to sew
but a magnet attracts all my needles.
On the square the skittle players
pass the time with game after game.
But where is my lover?
He flies.
I have a thief for a lover,
the crow flies and my lover steals,
the thief of my heart breaks his word
and the thief of the cheese is not here.
But where is happiness?
It flies.
I weep under the weeping willow
I mingle my tears with its leaves.
I weep because I want to be desired
and I am not pleasing to my thief.
But where then is love?
It flies.
Find the rhyme for my lack of reason
and by the roads of the countryside
bring me back my flighty lover
who takes hearts and drives me mad.
I wish that my thief would steal me.

4. Mon cadavre est doux comme un gant

Mon cadavre est doux comme un gant
Doux comme un gant de peau glacée
Et mes prunelles effacées
Font de mes yeux des cailloux blancs.
Deux cailloux blancs dans mon visages,
Dans le silence deux muets
Ombrés encore d’un secret
Et lours du poids mort des images.
Mes doigts tant de fois égarés
Sont joints en attitude sainte
Appuyés au creux de mes plaintes
Au noeud de mon coeur arrêté.
Et mes deux pieds sont les montagnes,
Les deux derniers monts que j’ai vus
À la minute où j’ai perdu
La course que les années gagnent.
Mon souvenir est ressemblant.
Enfants emportez-le bient vite,
Allez, allez, ma vie est dite.
Mon cadavre est doux comme un gant.

My corpse is as limp as a glove
limp as a glove of glacé kid
and my two hidden pupils
make two white pebbles of my eyes.
Two white pebbles in my face
two mutes in the silence
still shadowed by a secret
and heavy with the burden of things seen.
My fingers so often straying
are joined in a saintly pose
resting on the hollow of my groans
at the centre of my arrested heart.
And my two feet are the mountains
the last two hills I saw
at the moment when I lost
the race that the years win.
I still resemble myself
children, bear away the memory quickly,
go, go, my life is done.
My corpse is as limp as a glove.

5. Violon

Couple amoureux aux accents méconnus
Le violon et son joueur me plaisent.
Ah! j’aime ces gémissements tendus
Sur la corde des malaises.
Aux accords sur les cordes des pendus
À l’heure où les Lois se taisent
Le cœur, en forme de fraise,
S’offre à l’amour comme un fruit inconnu.

Loving couple of misapprehended sounds
Violin and player please me.
Ah! I love these long wailings
Stretched on the string of disquiet,
To the sound of strung-up chords
At the hour when Justice is silent
The heart, shaped like a strawberry,
Gives itself to love like an unknown fruit.

6. Fleurs

Fleurs promises, fleurs tenues dans tes bras,
Fleurs sorties des parenthèses d’un pas,
Qui t’apportait ces fleurs l’hiver
Saupoudrées du sable des mers?
Sable de tes baisers, fleurs des amours fanées
Les beaux yeux sont de cendre et dans la cheminée
Un cœur enrubanné de plaintes
Brûle avec ses images saintes.

Promised flowers, flowers held in your arms,
Flowers from a step’s parentheses,
Who brought you these flowers in winter
Sprinkled with the sea’s sand?
Sand of your kisses, flowers of faded loves
Your lovely eyes are ashes and in the hearth
A moan-beribboned heart
Burns with its sacred images.

 

Debussy: Proses lyriques (text: Claude Debussy)

 

1. De rêve

La nuit a des douceurs de femmes!
Et les vieux arbres, sous la lune d’or, songent
À celle qui vient de passer la tête emperlée,
Maintenant navrée!
À jamais navrée!
Ils n’ont pas su lui faire signe …
Toutes! Elles ont passé:
Les Frêles,
Les Folles,
Semant leur rire au gazon grêle,
Aux brises frôleuses
La caresse charmeuse
Des hanches fleurissantes.
Hélas! de tout ceci, plus rien qu’un blanc frisson.
Les vieux arbres sous la lune d’or pleurent
Leurs belles feuilles d’or!
Nul ne leur dédiera plus la fierté des casques d’or
Maintenant ternis!
À jamais ternis!
Les chevaliers sont morts sur le chemin du Grâal!
La nuit a des douceurs de femmes!
Des mains semblent frôler les âmes,
Mains si folles, si frêles,
Au temps où les épées chantaient pour Elles! …
D’étranges soupirs s’élèvent sous les arbres.
Mon âme! C’est du rêve ancien qui t’étreint!

The night has a woman’s softness!
And the old trees beneath the golden moon dream
Of her who has just gone by, her head bespangled,
Now broken-hearted!
Forever broken-hearted!
They were not able to beckon her …
All! All have gone by:
The Frail,
The Foolish,
Scattering their laughter on the thin grass,
Casting to the glancing breezes
The bewitching caress
Of their burgeoning hips.
Alas! of all this nothing is left but a pale tremor.
The old trees beneath the golden moon tearfully shed
Their lovely golden leaves!
No one will plight them again the pride of golden helmets
Now tarnished!
Forever tarnished!
The Knights have died in their quest for the Grail!
The night has a woman’s softness!
Hands seem to brush the souls,
Hands so foolish, so frail,
In the days when swords sang for them! …
Strange sighs rose from beneath the trees.
My soul, you are gripped by some former dream!

3. De fleurs

Dans l’ennui si désolément vert
De la serre de douleur,
Les Fleurs enlacent mon cœur
De leurs tiges méchantes.
Ah! quand reviendront autour de ma tête
Les chères mains si tendrement désenlaceuses?
Les grands Iris violets
Violèrent méchamment tes yeux,
En semblant les refléter,
Eux, qui furent l’eau du songe
Où plongèrent mes rêves si doucement
Enclos en leur couleur;
Et les lys, blancs jets d’eau de pistils embaumés,
Ont perdu leur grâce blanche
Et ne sont plus que pauvres malades sans soleil!
Soleil! ami des fleurs mauvaises,
Tueur de rêves! Tueur d’illusions,
Ce pain béni des âmes misérables!
Venez! Venez! Les mains salvatrices!
Brisez les vitres de mensonge,
Brisez les vitres de maléfice,
Mon âme meurt de trop de soleil!
Mirages! Plus ne refleurira la joie de mes yeux,
Et mes mains sont lasses de prier,
Mes yeux sont las de pleurer!
Éternellement ce bruit fou
Des pétales noirs de l’ennui,
Tombant goutte à goutte sur ma tête
Dans le vert de la serre de douleur!

In the tedium so desolately green
Of sorrow’s hothouse,
The Flowers entwine my heart
With their wicked stems.
Ah! when shall they return about my head,
Those dear hands, so tenderly disentwining?
The tall violet Irises
Wickedly violated your eyes,
While seeming to reflect them,
They, who were the dream-water
Into which my dreams plunged, so softly
Enclosed in their colour;
And the lilies, white pistil-scented fountains,
Have lost their white grace
And are but poor, sickly, sunless things!
Sun! friend of evil flowers,
Destroyer of dreams, destroyer of illusions,
This blessed wafer of wretched souls!
Come! Come! Redeeming hands!
Shatter the panes of mendacity,
Shatter the panes of evil,
My soul is dying of too much sun!
Mirages! The joy of my eyes will never reflower,
And my hands are weary of praying,
My eyes are weary of weeping!
Eternally this insane sound
Of tedium’s black petals
Falling drop by drop on my head
In the green of sorrow’s hothouse!

 

Messiaen: Poèmes pour Mi (text: Olivier Messiaen)

 

5. L’Épouse

Va où l’esprit te mène,
Nul ne peut séparer ce que Dieu a uni,
Va où l’esprit te mène,
L’épouse est le prolongement de l’époux,
Va où l’esprit te mène,
Comme l’Eglise est le prolongement du Christ.

Go whither the Spirit lead you,
No one can put asunder what God has united,
Go whither the Spirit lead you,
The bride is the extension of the bridegroom,
Go whither the Spirit lead you,
As the Church is the extension of Christ.

6. Ta Voix

Fenêtre pleine d’après-midi,
Qui s’ouvre sur l’après-midi,
Et sur ta voix fraîche
(Oiseau de printemps qui s’éveille).
Si elle s’ouvrait sur l’éternité
Je te verrais plus belle encore.
Tu es la servante du Fils,
Et le Père t’aimerait pour cela.
Sa lumière sans fin tomberait sur tes épaules,
Sa marque sur ton front.
Tu compléterais le nombre des anges incorporels.
A la gloire de la Trinité sainte
Un toujours de bonheur élèverait ta voix fraîche
(Oiseau de printemps qui s’éveille):
Tu chanterais.

Window brimming with afternoon,
Opening into the afternoon,
And onto your fresh voice
(Awakening bird of spring).
Were it to open on eternity,
I’d see you fairer yet.
You are the maidservant of the Son,
And for that the Father would love you.
His unending light would fall on your shoulders,
His sign on your brow.
You would complete the number of incorporeal angels
To the glory of the Holy Trinity,
A joyous ever-after would raise up your fresh voice
(Awakening bird of spring)
You would sing.

9. Prière exaucée

Ébranlez la solitaire, la vieille montagne de douleur,
Que le soleil travaille les eaux amères de mon coeur!
O Jésus, Pain vivant et qui donnez la vie,
Ne dites qu’une seule parole, et mon âme sera guérie.
Ébranlez la solitaire, la vieille montagne de douleur,
Que le soleil travaille les eaux amères de mon coeur!
Donnez-moi votre grâce,
Donnez-moi votre grâce!
Carillonne, mon coeur!
Que ta résonance soit dure, et longue, et profonde!
Frappe, tape, choque pour ton roi!
Frappe, tape, choque pour ton Dieu!
Voici ton jour de gloire et de résurrection!
La joie est revenue.

Shake up the solitary, ancient mountain of pain,
May the sun work over the bitter waters of my heart!
O Jesus, living bread, giver of life,
Say but one word and my soul shall be healed.
Shake up the solitary, ancient mountain of pain,
May the sun work over the bitter waters of my heart!
Give me your grace,
Give me your grace!
Ring out, my heart!
May your ringing resound hard, long and deep!
Strike, knock, smite for your king!
Strike, knock, smite for your God!
Behold the day of your glory and resurrection!
Bliss has returned.