Texts and Translations for CCC Lexington Recital

 

Dutilleux: Regards sur l’Infini (text: Anna de Noailles)

Lors que la mort succédant à l’ennui
M’accordera sa secourable nuit,
Douce au souhait que j’eus de cesser d’être,
Je veux qu’en paix l’on ouvre la fenêtre
Sur ce morceau de ciel où mon regard
A tant prié l’injurieux hasard
De m’épargner, dans les joies ou les peines
Dont j’ai connu la suffocante haleine.
Qu’à mes côtés se reposent mes mains,
Mes mains calmes ainsi que les sages étoiles
Et sur mon front que l’on abaisse un voile
Pour l’honneur dû aux visages humains.

Gaze on the infinite

When death, following melancholy,
Grants to me the deliverance of night,
Sympathetic to my wish to cease being,
I would like someone quietly to open the window
Onto that fragment of sky where my gaze
So often begged cruel destiny
To relieve me from the joys and pains
Which constricted my breath.
I would like my hands to rest at my sides,
My hands calm as the wise stars,
And I would like someone to lower a veil over my brow
In respect for the honor owed to all human faces.

Debussy: Proses lyriques (text: Claude Debussy)

1. De rêve

La nuit a des douceurs de femmes!
Et les vieux arbres, sous la lune d’or, songent
À celle qui vient de passer la tête emperlée,
Maintenant navrée!
À jamais navrée!
Ils n’ont pas su lui faire signe …
Toutes! Elles ont passé:
Les Frêles,
Les Folles,
Semant leur rire au gazon grêle,
Aux brises frôleuses
La caresse charmeuse
Des hanches fleurissantes.
Hélas! de tout ceci, plus rien qu’un blanc frisson.
Les vieux arbres sous la lune d’or pleurent
Leurs belles feuilles d’or!
Nul ne leur dédiera plus la fierté des casques d’or
Maintenant ternis!
À jamais ternis!
Les chevaliers sont morts sur le chemin du Grâal!
La nuit a des douceurs de femmes!
Des mains semblent frôler les âmes,
Mains si folles, si frêles,
Au temps où les épées chantaient pour Elles! …
D’étranges soupirs s’élèvent sous les arbres.
Mon âme! C’est du rêve ancien qui t’étreint!

Of Dreams

The night has a woman’s softness!
And the old trees beneath the golden moon dream
Of her who has just gone by, her head bespangled,
Now broken-hearted!
Forever broken-hearted!
They were not able to beckon her …
All! All have gone by:
The Frail,
The Foolish,
Scattering their laughter on the thin grass,
Casting to the glancing breezes
The bewitching caress
Of their burgeoning hips.
Alas! of all this nothing is left but a pale tremor.
The old trees beneath the golden moon tearfully shed
Their lovely golden leaves!
No one will plight them again the pride of golden helmets
Now tarnished!
Forever tarnished!
The Knights have died in their quest for the Grail!
The night has a woman’s softness!
Hands seem to brush the souls,
Hands so foolish, so frail,
In the days when swords sang for them! …
Strange sighs rose from beneath the trees.
My soul, you are gripped by some former dream!

2. De grève

Sur la mer les crépuscules tombent,
Soie blanche effilée!
Les vagues comme de petites folles,
Jasent, petites filles sortant de l’école,
Parmi les froufrous de leur robe,
Soie verte irisée!
Les nuages, graves voyageurs,
Se concertent sur le prochain orage,
Et, c’est un fond vraiment trop grave
À cette anglaise aquarelle.
Les vagues, les petites vagues,
Ne savent plus où se mettre,
Car voici la méchante averse,
Froufrous de jupes envolées,
Soie verte affolée!
Mais la lune, compatissante à tous,
Vient apaiser ce gris conflit,
Et caresse lentement ses petites amies,
Qui s’offrent, comme lèvres aimantes
À ce tiède et blanc baiser.
Puis, plus rien!
Plus que les cloches attardées
Des flottantes églises!
Angélus des vagues,
Soie blanche apaisée!

Of the shore

Dusk falls over the sea
Like frayed white silk!
The waves like wild little things
Chatter, little girls coming out of school,
Amid their rustling frocks
Of iridescent green silk!
The clouds, grave travellers,
Consult over the coming storm,
A background truly too solemn
For this English watercolour.
The waves, the little waves,
No longer know which way to turn,
For here comes the malicious downpour,
The rustling of flying shirts,
The panic of green silk!
But the moon, with pity for all,
Comes to calm this grey conflict,
And slowly caresses his lady friends,
Who offer themselves like loving lips
To this warm, white kiss.
Then, nothing more!
Only the belated bells
Of floating churches!
Angelus of the waves,
Smoothed white silk!

Delbos: Dors (text: Cécile Sauvage)

Dors dans le nid douillet de ma chair maternelle,
Dors sans émoi, sans rêve et sans larmes encor,
Demain tu connâitras ce que pèse ton aile
Et ton coeur trembleras de pressentir la mort.

Sleep

Sleep in the cozy nest of my
maternal flesh,
Sleep without emotion, without
dreams and yet without tears;
Tomorrow you will know what
burdens your wing
And your heart will tremble to
sense death.

Saariaho: Parfum de l’instant (text: Amin Maalouf)

Tu es auprès de moi
Mais je ferme les yeux
Pour t’imaginer
Nos lèvres se frôlent
Nos doigts s’emmêlent
Nos corps se découvrent
Mais je ferme les yeux
Pour rêver de toi
Tu es le parfum de l’instant
Tu es la peau du rêve
Et déjà la matière du souvenir

Perfume of a moment

You are alongside me
But I close my eyes
To imagine you
Our lips play
Our fingers intertwine
Our bodies discover each other
But I close my eyes
To dream of you
You are the perfume of a moment
You are the skin of a dream
And already the material of memory

Debussy: Proses lyriques (text: Claude Debussy)

3. De fleurs

Dans l’ennui si désolément vert
De la serre de douleur,
Les Fleurs enlacent mon cœur
De leurs tiges méchantes.
Ah! quand reviendront autour de ma tête
Les chères mains si tendrement désenlaceuses?
Les grands Iris violets
Violèrent méchamment tes yeux,
En semblant les refléter,
Eux, qui furent l’eau du songe
Où plongèrent mes rêves si doucement
Enclos en leur couleur;
Et les lys, blancs jets d’eau de pistils embaumés,
Ont perdu leur grâce blanche
Et ne sont plus que pauvres malades sans soleil!
Soleil! ami des fleurs mauvaises,
Tueur de rêves! Tueur d’illusions,
Ce pain béni des âmes misérables!
Venez! Venez! Les mains salvatrices!
Brisez les vitres de mensonge,
Brisez les vitres de maléfice,
Mon âme meurt de trop de soleil!
Mirages! Plus ne refleurira la joie de mes yeux,
Et mes mains sont lasses de prier,
Mes yeux sont las de pleurer!
Éternellement ce bruit fou
Des pétales noirs de l’ennui,
Tombant goutte à goutte sur ma tête
Dans le vert de la serre de douleur!

In the tedium so desolately green
Of sorrow’s hothouse,
The Flowers entwine my heart
With their wicked stems.
Ah! when shall they return about my head,
Those dear hands, so tenderly disentwining?
The tall violet Irises
Wickedly violated your eyes,
While seeming to reflect them,
They, who were the dream-water
Into which my dreams plunged, so softly
Enclosed in their colour;
And the lilies, white pistil-scented fountains,
Have lost their white grace
And are but poor, sickly, sunless things!
Sun! friend of evil flowers,
Destroyer of dreams, destroyer of illusions,
This blessed wafer of wretched souls!
Come! Come! Redeeming hands!
Shatter the panes of mendacity,
Shatter the panes of evil,
My soul is dying of too much sun!
Mirages! The joy of my eyes will never reflower,
And my hands are weary of praying,
My eyes are weary of weeping!
Eternally this insane sound
Of tedium’s black petals
Falling drop by drop on my head
In the green of sorrow’s hothouse!

4. De soir

Dimanche sur les villes,
Dimanche dans les cœurs!
Dimanche chez les petites filles
Chantant d’une voix informée
Des rondes obstinées,
Où de bonnes Tours
N’en ont plus que pour quelques jours!
Dimanche, les gares sont folles!
Tout le monde appareille
Pour des banlieues d’aventure
En se disant adieu
Avec des gestes éperdus!
Dimanche les trains vont vite,
Dévorés par d’insatiables tunnels;
Et les bons signaux des routes
Échangent d’un œil unique
Des impressions toutes mécaniques.
Dimanche, dans le bleu de mes rêves
Où mes pensées tristes
De feux d’artifices manqués
Ne veulent plus quitter
Le deuil de vieux Dimanches trépassés
Et la nuit à pas de velours
Vient endormir le beau ciel fatigué,
Et c’est Dimanche dans les avenues d’étoiles;
La Vierge or sur argent
Laisse tomber les fleurs de sommeil!
Vite, les petits anges,
Dépassez les hirondelles
Afin de vous coucher
Forts d’absolution!
Prenez pitié des villes,
Prenez pitié des cœurs,
Vous, la Vierge or sur argent!

Of evening

Sunday over the cities,
Sunday in people’s hearts!
Sunday for the little girls
Singing with childish voices
Persistent rounds
In which good Towers
Have only a few days left!
On Sunday, the stations are frantic!
Everyone sets out
For suburb adventures,
Saying farewell
With frenzied gestures!
On Sunday, trains go fast,
Devoured by insatiable tunnels;
And the good signals
Exchange with their single eye
Wholly mechanical impressions.
Sunday, in the blue of my dreams,
When my thoughts,
Saddened by fizzled fireworks,
Will no longer cease
Mourning for old Sundays dead and gone.
And night with velvet tread
Comes to lull the lovely tired sky to sleep,
And it is Sunday on the avenues of stars;
The gold-on-silver Virgin
Lets fall the flowers of sleep!
Quick! you tiny angels,
Outstrip the swallows,
That you may go to rest
Fortified by absolution!
Take pity on the cities,
Take pity on the hearts,
You gold-on-silver Virgin!

Messiaen: Poèmes pour Mi (text: Olivier Messiaen)

8. Le collier

Printemps enchaîné, arc-en-ciel léger du matin,
Ah! mon collier!
Ah! mon collier!
Petit soutien vivant de mes oreilles lasses,
Collier de renouveau, de sourire et de grâce,
Collier d’Orient, collier choisi, multicolore,
aux perles dures et cocasses!
Paysage courbe, épousant l’air frais du matin,
Ah! mon collier! Ah! mon collier!
Tes deux bras autour de mon cou, ce matin.

The necklace

Spring enchained, light rainbow of morning,
Ah! my necklace!
Ah! my necklace!
Small living support of my weary ears,
Necklace of renewal, of smiles, of grace,
Oriental necklace, chosen, multicoloured
With hard, whimsical pearls!
Curving landscape, espousing the fresh morning air,
Ah! my necklace! Ah! my necklace!
Your two arms round my neck, this morning.

9. Prière exaucée

Ébranlez la solitaire, la vieille montagne de douleur,
Que le soleil travaille les eaux amères de mon coeur!
O Jésus, Pain vivant et qui donnez la vie,
Ne dites qu’une seule parole, et mon âme sera guérie.
Ébranlez la solitaire, la vieille montagne de douleur,
Que le soleil travaille les eaux amères de mon coeur!
Donnez-moi votre grâce,
Donnez-moi votre grâce!
Carillonne, mon coeur!
Que ta résonance soit dure, et longue, et profonde!
Frappe, tape, choque pour ton roi!
Frappe, tape, choque pour ton Dieu!
Voici ton jour de gloire et de résurrection!
La joie est revenue.

Shake up the solitary, ancient mountain of pain,
May the sun work over the bitter waters of my heart!
O Jesus, living bread, giver of life,
Say but one word and my soul shall be healed.
Shake up the solitary, ancient mountain of pain,
May the sun work over the bitter waters of my heart!
Give me your grace,
Give me your grace!
Ring out, my heart!
May your ringing resound hard, long and deep!
Strike, knock, smite for your king!
Strike, knock, smite for your God!
Behold the day of your glory and resurrection!
Bliss has returned.